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Présentation générale

“L’OCÉAN NOIR “

 

Europe-Afrique-Amériques


 

Le passé n’est pas mort et enterré.
En fait, il n’est même pas passé.
William Faulkner

"Comprendre, sans inculper ni disculper"
P. Ricœur

 

William Adjété Wilson est un artiste plasticien qui, depuis vingt-cinq ans, explore les méandres de son imagination, qu’il exprime dans un style très imagé et vivement coloré.

Il travaille sur divers supports, en particulier au pastel sec sur papier, mais aussi à l’huile sur toile, à l’encre, à l’acrylique. Il crée aussi des objets sculptés ou assemblés et a réalisé de nombreuses estampes.

Mais quelle que soit la technique employée, son trait et sa palette donnent à voir la part d’ailleurs qu’il porte en lui et qui lui vient de son père, d’origine africaine.
C’est cette filiation qu’il a entrepris d’aborder dans une nouvelle série, travaillée sur tissu, et dont l’ambition dépasse largement le cadre artistique.

La série l’Océan noir se compose de dix-huit tentures (1,65m x1m) qui racontent chronologiquement, depuis le XVème siècle jusqu’aux années 2000, l’aventure des Noirs d’Afrique et des diasporas des Amériques et d’Europe.

 

 

Une histoire singulière

C’est à travers l’histoire de sa propre famille que William Wilson a découvert cette “grande” histoire au cœur du continent africain et de l’histoire du monde moderne.

Né en France d’une mère française et d’un père togolais, il ne s’est rendu en Afrique qu’à la fin de son adolescence, et ce n’est que peu à peu, au fil de ses recherches, qu’il a rencontré les personnes, les lieux et les historiens qui lui ont appris le stupéfiant passé de sa famille africaine.


Ses ancêtres appartiennent en effet aux principales familles du Togo et du Bénin qui ont servi d’intermédiaires dans la traite des esclaves, en utilisant les liens commerciaux noués depuis longtemps avec les Européens.
Par la suite, ces familles dominantes ont fourni à leurs pays de nombreux grands intellectuels, avocats, médecins, politiciens, le plus souvent formés en Occident, en particulier en Angleterre, en France et en Allemagne.
Au début du XXème siècle, le Togo et le Bénin étaient considérés comme “le Quartier latin” de l’Afrique, en raison du taux élevé de scolarisation, et du niveau de culture des élites.

 

De ces familles dont il est issu (les Wilson, les Lawson, les D’Almeida etc...), sont nés les hommes et les femmes qui ont façonné l’histoire de leur pays au cours du XIXème puis du XXème siècle, durant la colonisation, puis au temps des indépendances, et jusqu’à nos jours. C’est aussi cet héritage que William Wilson exprime à travers cette vaste série.

 

Sensibilisé très jeune aux combats des Noirs américains dans les années 60, très concerné par le message des intellectuels noirs, de Richard Wright à Malcolm X, et des grands musiciens noirs des années 70 et 80 (de Jimi Hendrix à Bob Marley), William Wilson, en tant que métis franco-africain, a formé le souhait de raconter l’histoire des liens tourmentés et complexes qui unissent ces trois continents depuis des centaines d’années.

 

L’aspect didactique d’un tel récit, dans une France aujourd’hui largement consciente des questions d’identité, de culture et de mélange des populations, n’est pas anecdotique.
Il s’agit d’apprendre à chacun, d’où qu’il vienne, ce qui a existé avant lui, et quels sont les faits historiques dans lesquels la société d’aujourd’hui plonge ses racines.

 

 

Le sujet

Il est un point particulier de l’Afrique de l’Ouest, situé en bordure de la côte atlantique, face au Golfe du Bénin, qui a porté longtemps le nom de Côte des Esclaves. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le port de Ouidah, dans l’actuel Bénin, a vu s’embarquer plus d’esclaves qu’aucun autre port de l’Afrique de l’Ouest.

Les négriers occidentaux du célèbre “commerce triangulaire”, venaient pour leur part de Liverpool, Nantes, Bordeaux, Saint-Malo, La Rochelle, Amsterdam, Londres, Barcelone, Marseille, Lisbonne et bien d’autres ports d’Europe.

Il existait aussi un intense trafic reliant directement l’Afrique et le Brésil ou les Caraïbes.

 

L’histoire des relations commerciales entre l’Europe et cette partie de l’Afrique a commencé dès le milieu du XIVème siècle avec les “grands voyageurs” portugais. Les marchands européens (Français, Anglais, Danois, Hollandais, Allemands) brisèrent le monopole portugais au milieu du XVIème siècle.
Ils entretenaient des liens étroits avec les rois et les chefs des ethnies de la côte et firent tout d’abord le commerce de l’or, de l’ivoire et des armes, avant que la traite négrière ne vienne amplifier le négoce. A partir du XVIIIème siècle, la traite va renforcer les alliances et développer une économie nouvelle et très lucrative qui modifiera profondément le destin de tous les intervenants, Noirs comme Blancs.


La richesse engendrée par les captifs emportés dans les îles Caraïbes et sur le continent américain a pris une ampleur telle que la traite, durant près de deux siècles, a supplanté et dépassé de loin tous les autres commerces.
Il a fallu presque cinquante ans après les abolitions officielles pour faire cesser définitivement ce flux, et plus longtemps encore pour voir disparaître l’esclavage, au moins dans les lois.


Après l’abolition définitive (en 1848 pour la France) est venu en Afrique le temps de la colonisation, puis celui des indépendances (années 50-60).
De l’autre côté de l’Atlantique, les Noirs américains, bien après la fin de l’esclavage, ont dû combattre pour que cesse la ségrégation dont ils étaient victimes (années 1960), puis pour la reconnaissance de leurs droits. Ce combat n’est pas terminé.

 

L’Océan noir a pour objectif de retracer l’histoire des liens qui ont uni, durant cinq siècles, l’Europe et l’Afrique, et de ceux qui se sont développés entre l’Afrique et l’Amérique, du fait et des suites de l’esclavage.


Les hommes noirs sont au centre du livre, qu’ils soient puissants rois africains et actifs marchands d’esclaves, captifs emmenés vers le continent américain et transportant avec eux leur culture et leurs traditions, nègres marrons enfuis dès l’arrivée et se cachant dans la forêt avec la complicité des Indiens, élites éduquées de la cour du royaume Mina intriguant auprès des puissances étrangères (la France et l’Angleterre), otages princiers au temps des premières colonies emmenés en Europe puis ramenés dans leur pays avec le traité signé, Noirs américains se rassemblant sous la bannière pacifiste de Martin Luther King ou celle plus offensive des Black Panthers, musiciens noirs, artistes noirs, guerriers noirs, peuple noir.

 

Une épopée de plusieurs siècles sur trois continents, voilà ce que l’Océan noir veut retracer, sous la forme d’une “tapisserie” en 17 tableaux, racontant au fil du temps cette histoire à la fois tragique et épique.


Le support

La ville béninoise d’Abomey est située à 130 km de la côte. C’est la capitale de l’ancien royaume de Danxomé vaincu par les Français en 1894. C’est encore aujourd’hui la capitale historique du Bénin classé au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO.
Là se sont développés, depuis longtemps, des arts de cour dont celui des tentures en “appliqué”.


Ces tapisseries historiées sont fabriquées en tissu traditionnel de coton teint. On y découpe des formes variées que l’on applique et coud pour constituer une sorte de bande dessinée qui, à l’origine, racontait l’histoire des rois et du peuple Fon.
Certaines pièces comportent du texte brodé ou cousu.
De nombreuses sortes de tissus peuvent être utilisées, du plus traditionnel au plus contemporain, selon l’effet recherché.


La ville d’Abomey a conservé bien vivante cette technique artisanale et plusieurs ateliers continuent de perpétuer la tradition.
Certains artistes africains contemporains de réputation internationale se sont réapproprié cette technique et la font évoluer (Romuald Hazoumé, Cyprien Tokoudagba, Yves Apollinaire Kpédè, etc.).


C’est ce support de tissu qu’a choisi William Wilson pour réaliser sa grande fresque historique, en souvenir également de son enfance et des rares visites en France de sa grand-mère paternelle Hélène Kokwe d’Almeida, commerçante de tissus à Cotonou et membre de la confrérie des “Nana Benz” qui, exemple unique en Afrique, ont su développer un commerce international de grande ampleur.

 

 

La réalisation

Au cours des années 2007-2008-2009, William Wilson a fait six longs séjours au Bénin, dans l’atelier d’Yves Apollinaire Kpédè. C’est avec lui et les artisans de l’atelier qu’il a réalisé les tentures de l’Océan noir, fruit de son style personnel et du savoir-faire des maîtres-tenturiers locaux.

 

 

Le livre-catalogue

Un livre consacré à l’Océan noir a été publié par les Editions Gallimard en Avril 2009 à Paris.
Il constitue le catalogue de l’exposition, dans la mesure où il présente l’ensemble des tentures, mais il apporte à la démarche artistique un arrière-plan historique et une portée pédagogique aidant à la compréhension des images.

 

 

- Texte William Adjete Wilson
- Préfaces de Catherine Clément
- et Joseph Adande Historien d’Art à l’Université du Bénin


Catalogue d’accompagnement indissociable de l’exposition, l’ouvrage l’Océan noir est disponible en librairie.

 

 

 

2008  | nc

 

 

Africultures

2010  | nc

    http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9019     In <Africultures 2010 > L'OCÉAN NOIR, À LA CROISÉE DE [...]


Liens vers les articles de presse

2010  | nc

Cliquez sur les titres, ou copier les liens sur votre navigateur, pour afficher les articles en ligne sur les sites des différents supports.   Revue de presse extraits.   Africultures [...]


Fiche technique de l'exposition L'Océan Noir

2007  | nc

Polyptique de 18 tentures en appliqué de coton polychrome. 2007-2010. Made in Abomey. Bénin   Fiche technique de l'exposition L'Océan Noir, The Black Ocean, [...]